Dans un entretien accordé au quotidien Matin Libre, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Komi Koutché, est revenu sur les premiers mois du mandat du président Romuald Wadagni. Entre appréciation de ses qualités personnelles et réserves sur sa gouvernance, l’opposant en exil livre son analyse de la situation politique nationale.
Évoquant d’abord sa relation avec le nouveau chef de l’État, Komi Koutché affirme qu’ils n’étaient pas proches avant 2016, mais qu’ils ont toujours entretenu des rapports empreints de respect depuis la passation de charges au ministère de l’Économie et des Finances.
« Nous avons toujours entretenu des relations humaines fondées sur un respect franc et sincère depuis notre passation de charges en 2016. Nous échangions de temps en temps », a-t-il déclaré.
Au fil de ces échanges, l’ancien ministre dit avoir découvert chez Romuald Wadagni plusieurs qualités qu’il juge importantes, notamment « l’authenticité, l’humilité et la sagesse ». Il illustre ses propos par une anecdote, expliquant que l’actuel président l’appelait « grand frère », une appellation qu’il lui avait demandé d’abandonner puisqu’il est son aîné de seulement trois mois.
Sur le plan politique, Komi Koutché estime que Romuald Wadagni a été l’une des personnalités les moins clivantes au sein des gouvernements de Patrice Talon durant la dernière décennie. Il reconnaît à son ancien successeur une capacité à rassembler davantage que d’autres responsables du régime précédent.
L’ancien ministre émet toutefois des réserves sur les conditions de son accession à la magistrature suprême. Selon lui, le président « mériterait mieux d’être le produit d’une élection organisée dans les règles de l’art plutôt que le bénéficiaire d’un processus dont chacun connaît la nature ». Malgré cette critique, il reconnaît que Romuald Wadagni dispose des compétences nécessaires pour diriger le pays, à condition de préserver les qualités personnelles qui lui sont reconnues.
Revenant sur son absence durant la campagne présidentielle, Komi Koutché assure qu’il ne s’agit pas d’un boycott dirigé contre Romuald Wadagni. Il affirme également que les nombreux ralliements enregistrés à la veille du scrutin, sous le slogan « Wadagni n’est pas Talon », relevaient davantage d’un calcul politique que d’une véritable conviction.
Concernant les premières décisions prises par le nouveau pouvoir et les signaux d’apaisement observés depuis son installation, l’opposant appelle à la prudence. À ses yeux, il est encore prématuré d’évaluer l’action du gouvernement. Il considère que les annonces faites jusqu’ici s’inscrivent davantage dans une stratégie de communication destinée à apaiser les tensions avant le déploiement des réformes.
Sur le plan diplomatique, Komi Koutché se montre en revanche favorable aux efforts engagés pour rétablir les relations avec les pays voisins. Il estime que cette normalisation est essentielle pour les économies de la sous-région et pour les populations, qui ne devraient pas subir les conséquences des différends entre États.
Selon lui, l’ancien président Patrice Talon avait lui-même pris conscience des effets négatifs des tensions régionales sur le Bénin, sans toutefois parvenir à rétablir la confiance avec certains partenaires. Il espère que l’arrivée de Romuald Wadagni à la tête du pays permettra d’ouvrir une nouvelle dynamique et de favoriser une amélioration durable des relations avec les États voisins.

