C’est un psychodrame qui ébranle les fondations d’un empire mondial. Grégory Clerc, l’ancien conseiller fiscal devenu Directeur Général du Groupe Castel, est aujourd’hui au cœur d’une tempête sans précédent. Accusé par les héritiers du fondateur Pierre Castel de « confisquer » le pouvoir, l’homme semble s’être barricadé derrière une citadelle juridique pour défier ceux-là mêmes qui l’ont fait roi.
Le sommet de Singapour, le 8 janvier dernier, devait être le moment de vérité. Mais au lieu de la transition attendue par la famille fondatrice, le monde des affaires a assisté à un spectacle de résistance inouï. Alors que les héritiers, pesant près de 97 % du capital, s’étaient réunis pour voter la révocation de Grégory Clerc, ce dernier est parvenu à paralyser le scrutin. Une manœuvre qualifiée par les actionnaires de « dilatoire », orchestrée à coups d’arguties juridiques et d’opacité procédurale. Comment un homme, qui ne détient aucune action en propre, peut-il faire échec à la volonté quasi-unanime des propriétaires d’un groupe pesant plusieurs milliards d’euros ? C’est toute l’ambiguïté du « système Clerc ». En s’appuyant sur un labyrinthe de holdings basées à Singapour et au Luxembourg, l’ancien expert fiscal a érigé une séparation entre la détention du capital et la gestion opérationnelle.
Pour les héritiers, la coupe est pleine. Ils dénoncent une « concentration sans précédent des pouvoirs ». Selon eux, Grégory Clerc ne dirige plus, il règne. En se drapant dans une légitimité purement administrative, il semble avoir oublié une règle d’or du capitalisme familial : un dirigeant n’est là que par la grâce de ses actionnaires. En ignorant ce principe, il se comporte comme si l’empire Castel était devenu sa propre création, sa propre divinité. L’accusation ne s’arrête pas à la simple gouvernance de bureau. Sur le terrain, notamment en Afrique où le groupe réalise l’essentiel de ses profits dans la bière et les sodas, le malaise est palpable. Depuis l’ascension de Clerc en 2023, une véritable vague d’évictions a frappé les cadres historiques. Fidèles de la famille, gardiens de la mémoire industrielle du groupe : beaucoup ont été poussés vers la sortie. Cette politique du vide, perçue par certains comme une stratégie d’isolement de la famille Castel, menace l’équilibre stratégique du groupe sur le continent africain. Dans des pays où le lien personnel et la confiance familiale priment sur les procédures froides, le dogmatisme de Grégory Clerc pourrait coûter cher. Romy et Alain Castel ne comptent pas en rester là. Une nouvelle assemblée générale est déjà dans les tuyaux pour la fin du mois de janvier. Cette fois, l’ordre du jour est radical : la révocation conjointe de Grégory Clerc et de son allié Pierre Baer, président de la holding IBBM.
Le « Dieu » de Castel parviendra-t-il encore à bloquer la foudre des actionnaires ? En s’arc-boutant sur son fauteuil contre la volonté de ses mandants, Grégory Clerc prend le risque de sortir par la petite porte, celle d’un dirigeant qui aura confondu l’expertise fiscale avec le droit divin. L’empire de Pierre Castel, bâti en six décennies, mérite mieux qu’un bras de fer juridique pour ses 100 ans.


