Les États-Unis s’apprêtent à redéployer des soldats dans l’Extrême-Nord du Cameroun, plusieurs années après leur retrait. La base militaire de Salak, située à Maroua et placée sous le contrôle du Bataillon d’intervention rapide (BIR), est désormais prête à accueillir des militaires américains afin de renforcer la lutte contre les groupes djihadistes actifs autour du lac Tchad.
Ce retour intervient dans un contexte de recrudescence des attaques menées par des factions affiliées à Boko Haram, notamment l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et Jama’tu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS). Depuis le début de l’année, les incursions armées, les vols de bétail ainsi que les trafics illicites se sont multipliés dans les régions de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua.
Le dispositif sécuritaire camerounais repose principalement sur le BIR et la Force multinationale mixte déployée près de la frontière nigériane. En janvier dernier, de nouvelles bases ont été ouvertes dans le département du Logone-et-Chari afin de contenir la menace djihadiste. Le soutien américain devrait notamment porter sur le renseignement et la surveillance.
Au Nigeria voisin, des soldats américains et des drones MQ-9 Reaper sont déjà déployés depuis février dans l’État de Bauchi. Washington cherche désormais à renforcer durablement sa présence dans la sous-région, aussi bien dans le Sahel que dans le golfe de Guinée. Des discussions portent également sur une coopération maritime autour de la base de Limbé, dans le sud du Cameroun.
Les relations militaires entre Yaoundé et Washington avaient pourtant été suspendues en 2019, après le retrait d’environ 300 soldats américains déployés au Cameroun depuis 2015. Cette rupture était liée aux critiques américaines concernant la gestion de la crise anglophone et les accusations d’exactions attribuées aux forces de sécurité camerounaises.
Mais le coup d’État au Niger en 2023 et la fermeture de la base américaine d’Agadez ont conduit l’Africom à rechercher de nouveaux points d’appui en Afrique de l’Ouest et centrale. Depuis fin 2023, les échanges entre Washington et le Cameroun se sont intensifiés.
Ces derniers mois, plusieurs responsables militaires américains ont effectué des visites à Yaoundé et à Maroua. Les discussions ont porté non seulement sur la sécurité, mais aussi sur la cybersécurité, les technologies satellitaires et certains projets stratégiques liés au renseignement dans le Sahel.
Le rapprochement entre les deux pays intervient également dans un contexte politique sensible au Cameroun, marqué par les tensions postélectorales de 2025. Pour Yaoundé, le soutien américain apparaît comme un atout important dans un environnement sécuritaire et diplomatique de plus en plus complexe.


