La salle de conférence de la préfecture de Natitingou a prêté son cadre, ce mardi 24 mars 2026, à un atelier de sensibilisation sur la conservation et la gestion durable des espèces sauvages. Portée par l’ONG Initiative pour la Préservation de la Vie (IPV) en partenariat avec la Société Zoologique de Londres (ZSL), cette rencontre a réuni les acteurs clés de la chaîne pour freiner l’extinction du patrimoine faunique béninois.
Le constat est alarmant : éléphants, lions et pangolins, ce dernier étant particulièrement vulnérable, font face à une menace d’extinction sans précédent au Bénin. Face à l’urgence, l’heure n’est plus à la simple constatation, mais à l’action concertée. C’est tout l’enjeu de l’atelier qui a rassemblé les conservateurs des Eaux, Forêts et Chasse, mais aussi, et surtout, les usagers de « la base » : chasseurs, tradithérapeutes, commerçants et restaurateurs des départements de l’Atacora et de la Donga.
Pour Chabi N’Diaye Yekini, chargé des activités de terrain pour la Société Zoologique de Londres (ZSL), la lutte ne peut être efficace que si elle intègre tous les maillons de la chaîne. « Il était crucial d’associer non seulement les forces de l’ordre et la justice, mais aussi ceux qui sont au contact direct de la ressource », a-t-il expliqué. L’objectif est d’informer sur l’arsenal juridique existant, notamment la loi 98 et les conventions internationales (CITES, CMS), tout en proposant des alternatives économiques aux communautés riveraines des 16 aires protégées du pays.
L’accent a été mis sur la distinction entre prélèvement autorisé et braconnage. « Nous ne disons pas aux chasseurs de ne plus chasser, mais de se rapprocher de l’administration forestière pour identifier les espèces intégralement protégées », a précisé M. Yekini, rappelant au passage que les tribunaux sont désormais intraitables, avec des peines de prison et de fortes amendes à la clé.
Fridath Bio Nigan Ousmane, Secrétaire Générale de l’ONG IPV, a souligné que la faune est un « patrimoine inestimable » menacé par la surexploitation et le commerce illicite. Soutenue par des partenaires tels que Born Free USA et le fonds INL des États-Unis, son organisation mise sur le dialogue pour instaurer des pratiques responsables de consommation et de commercialisation. « La conservation ne peut réussir que si elle est portée par les communautés elles-mêmes », a-t-elle martelé.
Représentant l’autorité préfectorale, le Secrétaire Général Départemental a salué une initiative qui touche à l’équilibre écologique et au développement touristique de la région. Il a appelé à un changement de comportement radical : « La protection de l’environnement n’est pas qu’une question d’État, c’est une responsabilité collective car nous subissons tous les impacts négatifs de sa dégradation. »
Abondant dans le même sens, Mathias Affoukou, Directeur départemental des Eaux, Forêts et Chasse de l’Atacora, a réitéré la disponibilité de l’administration forestière à encourager ces partenariats public-privé. Pour lui, la sensibilisation des hôteliers et des praticiens de la médecine traditionnelle est le levier indispensable pour garantir une « utilisation rationnelle » de la biodiversité afin de la léguer aux générations futures.
Au sortir de cette journée d’échanges, les participants sont repartis avec une mission précise : devenir des ambassadeurs de la faune sauvage au sein de leurs communautés respectives pour que le cri d’alarme lancé depuis Natitingou trouve un écho durable dans les savanes et les forêts du Bénin.

