Tchad : huit opposants condamnés à huit ans de prison
Au Tchad, huit figures de l’opposition arrêtées fin avril ont été condamnées vendredi à huit ans de prison, selon leur avocat. Cette décision intervient dans un contexte de tensions politiques persistantes autour du pouvoir du président Mahamat Idriss Déby.
Les personnes condamnées appartiennent à un mouvement politique connu pour avoir contesté de manière constante l’élection du chef de l’État. Elles avaient été interpellées à N’Djamena quelques jours avant une marche de protestation interdite par les autorités.
Les opposants étaient poursuivis pour « association de malfaiteurs », « rébellion » et « détention illégale d’armes de guerre ». Placés en détention provisoire durant l’enquête, ils ont finalement été reconnus coupables par le tribunal.
Réagissant au verdict, leur avocat, Moussa Adoum, s’est dit « déçu » par une décision qu’il estime fondée sur des accusations « inexistantes ». Il a annoncé l’intention de la défense de saisir la cour d’appel pénale de N’Djamena afin d’obtenir un nouvel examen du dossier, qu’il souhaite voir se dérouler « sans pression politique ».
Depuis son accession au pouvoir après la mort de son père Idriss Déby Itno en 2021, Mahamat Idriss Déby fait face à de nombreuses critiques de l’opposition et d’organisations de défense des droits humains concernant la gestion des libertés publiques.
Le principal opposant tchadien, Succès Masra, ancien Premier ministre, purge déjà une peine de 20 ans de prison pour « incitation à la haine », à l’issue d’un procès dénoncé par Human Rights Watch comme politiquement motivé.
Les condamnations des huit opposants surviennent également au lendemain d’une décision de la Cour suprême ordonnant la dissolution du mouvement GCAP, une coalition regroupant plusieurs partis politiques et acteurs de la société civile. Ce mouvement avait appelé au boycott de l’élection présidentielle de mai 2024 remportée par Mahamat Idriss Déby.
Ces derniers mois, le GCAP avait multiplié les appels à manifester contre ce qu’il qualifie d’« injustice », d’« exclusion » et de restrictions des libertés publiques. La coalition dénonçait également un climat d’intimidation marqué par l’interdiction de manifestations et de rassemblements publics.
La situation politique s’est davantage tendue après l’adoption, début 2026, d’une révision constitutionnelle autorisant désormais le président tchadien à exercer un nombre illimité de mandats de sept ans. Une réforme vivement critiquée par l’opposition, qui y voit un risque de maintien durable du pouvoir en place.


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